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Rûmî

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« temps ultérieurs. Il parle d’un monde constitué d’atomes15 qui se meuvent selon un mouvement perpétuel. Un monde immuable et statique est dépourvu de réalité. Ces atomes sont reliés entre eux par une gravitation universelle16. Mawlânâ affirme que l’apparence immobile de ce qui existe n’est qu’une illusion. Rreprenant les thèmes d’Héraclite, il compare le monde à une rivière qui semble ne pas se mouvoir, mais dans laquelle l’on ne peut jamais se baigner deux fois dans la même eau17. On a peine à croire que ce génie pouvait, au XIIIe siècle de notre ère, évoquer la puissance de la force nucléaire déchaînée si on la libère18. C’est ainsi qu’il écrit : « Il est un soleil caché dans un atome : soudain, cet atome ouvre la bouche. « Les deux et la terre s’effritent en poussière devant ce soleil lorsqu’il surgit de l’embuscade19. » L’un des principes de base du Mathnawî est la dialectique. Dans l’histoire de la pensée occidentale, elle se présente sous deux aspects fondamentaux. Tout d’abord, la dialectique selon Platon, qui remonte de concept en concept et de proposition en proposition jusqu’aux concepts généraux et enfin aux principes premiers20. C’est un mouvement de l’esprit qui s’élève des sensations aux idées. D’autre part, une dialectique qui, au XXe siècle, sera appelée la dialectique de type hégélien. Démarche de la pensée conforme au développement même de l’être, elle consiste essentiellement à reconnaître l’inséparabilité des données contradictoires. La dialectique exposée dans le Mathnawî est très étendue et comporte les deux catégories que nous venons d’indiquer. On peut même trouver une idée semblable au principe de la triade hégélienne (thèse, antithèse, synthèse21). Mawlânâ déclare : « La vie n’est que l’harmonie des contraires ; la mort provient de ce qu’ils entrent en conflit22. » Il dit que le monde de l’esprit et le monde divin sont impérissables et éternels, parce que ce monde ne résulte pas de la synthèse des opposés, à l’inverse de ce qu’il en est pour le monde phénoménal23. Mawlânâ insiste toujours sur la généralité du principe des opposés. D’autre part, il met à plusieurs reprises l’accent sur l’idée du « deve- nir », par opposition au monde statique, et considère l’être comme une série de changements perpétuels et successifs24, le passage d’un état à un autre et d’un niveau à un autre. Il recourt à la dialectique en tant que maïeutique de l’esprit25 dans des intentions didactiques et éducatives, à peu près selon la signification classique et première du terme, c’est-à-dire l’art du dialogue et l’enseignement par demandes et réponses. La majorité des contes et des fables du Mathnawî illustrent cette méthode dialectique, et les idées, contradictoires mais conjointes, se suivent l’une après l’autre dans la bouche des acteurs des contes. Attitude caractéristique, durant toute la discussion, Mawlânâ reste impartial : il avance des arguments en faveur des deux côtés, des différentes idées, et défend les deux thèses représentées avec la même ardeur que s’il s’agissait de sa conviction personnelle26. C’est la raison pour laquelle certains commentateurs se »

Mawlânâ Jalâl ad-Dîn Rûmî

Mathnawi