SoufiStudio
Rûmî

۞

« et un tel dévergondage la nuit ! Durant la journée, il est comme Mustafâ (Mohammad) et le soir comme Bû Lahab*. « Le jour, son nom est devenu ‘Abdallah (serviteur de Dieu) ; la nuit — Dieu nous protège ! Et vois la coupe de vin dans sa main ! » Le disciple vit un verre plein dans la main du sheikh. « Ô sheikh, dit-il, y a-t-il aussi un vice en toi ? « N’est-ce pas toi qui disais que le Démon se précipite pour uriner dans la coupe de vin ? » Le sheikh répondit : « On a tellement rempli ma coupe qu’il n’y a pas en elle de place pour une seule graine de rue. « Regarde : y a-t-il de la place ici pour un seul atome ? Un homme leurré a faussement saisi cette affaire. » Ce n’est pas la coupe apparente ou le vin apparent : considère cette allégation comme bien loin de la dignité du sheikh qui perçoit l’invisible. La coupe de vin, sot que tu es, est la personne du sheikh : dans son essence, l’urine du Démon ne peut être contenue. 3410 II est rempli et débordant de la Lumière de Dieu : il a brisé la coupe corporelle, il est la Lumière absolue. Si la lumière du soleil tombe sur de l’ordure, c’est toujours la même lumière : elle ne subit aucune souillure. Le sheikh dit : « En vérité, ce n’est pas une coupe, ni ceci du vin. Viens, incroyant, et regarde ! » Il vint, et vit que c’était du miel pur. Ce misérable ennemi devint aveugle (de honte). Sur quoi, le pîr dit à son disciple : « Va me chercher du vin, ô noble sire ; « Car j’éprouve une douleur ; je suis réduit à la nécessité : à cause de la souffrance, je suis passé au-delà de l’inanition*. « Dans un besoin grave, toute nourriture prohibée est licite — que les malédictions tombent comme de la poussière sur la tête de celui qui le nie ! » Le disciple fît le tour du cellier, goûtant à chaque jarre pour obéir au sheikh. Dans toutes les caves qu’il visita, il ne trouva pas de vin : les jarres de vin étaient devenues remplies de miel. Il dit : « Ô buveurs, qu’est-ce que tout cela ? Que se passe-t-il ? Je ne trouve de vin dans aucune jarre. » 3420 Tous les buveurs vinrent auprès du sheikh, pleurant et se frappant la tête de leurs mains. Ils disaient : « Tu es venu dans la taverne, ô très noble sheikh, et à cause de ta venue tous les vins ont été transformés en miel. « Tu as changé le vin et Tas purifié de la saleté : change aussi nos âmes et purifie-les de toute souillure. » Si le monde entier était rempli de sang jusqu’au bord, comment le serviteur de Dieu boirait-il autre chose que ce qui est sanctifié ? * Oncle du »

Mawlânâ Jalâl ad-Dîn Rûmî

Mathnawi