SoufiStudio
Rûmî

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« de reproches. » Le maître dit : « Eh bien, brise l’un des deux flacons. » Le flacon était un, mais il lui paraissait deux ; quand il le brisa, il n’y en eut plus aucun. Quand l’un fut brisé, tous deux disparurent : l’homme voit double en raison des mauvais penchants et de l’irascibilité. La colère et la concupiscence font loucher l’homme, elles changent son esprit et le font s’écarter de la rectitude. Quand l’intérêt propre apparaît, la vertu disparaît : cent voiles, venus du cœur, recouvrent les yeux. Quand le juge est tenté par des pots-de-vin, comment pourrait-il distinguer l’oppresseur de l’opprimé ? Le roi, par jalousie, devint si louchant que nous criâmes : « Pitié, Seigneur, pitié ! » Il tua des centaines de milliers de croyants innocents, disant : « Je suis l’appui et le soutien de la religion de Moïse. » Comment le vizir conseilla au roi de comploter I avait un ministre, un mécréant et un trompeur si rusé qu’il aurait fait des nœuds sur l’eau. « Les chrétiens, dit-il, cherchent à préserver leur vie ; ils cachent au roi leur religion. 340 « Ne les tue pas, car c’est inutile de les tuer : la religion n’a pas d’odeur, ce n’est pas du musc et du bois d’aloès. « Le secret est caché sous cent enveloppes : son apparence extérieure est d’accord avec toi, elle te ressemble (mais) la réalité intérieure est en désaccord. » Le roi lui dit : « Dis-moi donc, quel est le meilleur expédient ? Quel est le remède à cette ruse et à cette imposture ? « De sorte qu’il ne reste pas un seul chrétien dans le monde, ni celui qui a une religion apparente, ni celui qui en a une cachée. » « Ô roi, dit-il, coupe-moi les mains et les oreilles ; que par ton ordre rigoureux on me déchire le nez. « Puis amène-moi sous la potence, et que quelqu’un intercède pour moi. « Fais cela dans une place publique, dans un carrefour, puis bannis-moi dans une ville lointaine, afin que je puisse répandre le trouble et le désordre parmi eux. » Ruse du ministre envers les chrétiens lors, je leur dirai : « Je suis secrètement un chrétien — ô Dieu, qui connais toutes les choses cachées, Tu me connais. « Le roi était informé de ma foi, et par fanatisme il a tenté de me tuer. « J’ai voulu cacher ma religion au roi et professer sa religion. 350 Mais le roi a pressenti mes secrets et mes paroles. « Il dit : “Tes paroles sont comme une aiguille dans le pain, entre mon cœur et ton cœur il y a une fenêtre. “A travers cette ouverture, j’ai vu ta position : je vois ta position et je n’accepte pas tes paroles.” « Si l’esprit de Jésus n’avait pas été mon secours, il m’aurait mis en pièces cruellement à la manière juive. « Pour l’amour de Jésus, j’offre ma vie et ma »

Mawlânâ Jalâl ad-Dîn Rûmî

Mathnawi