SoufiStudio
Rûmî

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« celui qui perçoit la vérité des choses, Étant donné que les charges sont le fondement de l’aisance et que les choses amères, elles aussi, sont les hérauts de la joie. Le Paradis est entouré des choses qui nous déplaisent ; les feux de l’Enfer sont entourés de nos désirs. La semence de la substance de votre feu (du supplice) est le frais rameau du désir ; mais celui qui est brûlé par le feu (du renoncement) est le compagnon du Kawthar*. 1840 Quiconque est le compagnon de l’affliction en prison — c’est la rétribution d’une bouchée (illicite) et d’un désir. Quiconque est le compagnon d’une haute situation dans un palais, c’est la récompense de quelque champ de bataille et de dures épreuves. Quiconque tu as vu sans rival quant aux richesses d’or et d’argent, sache qu’il a été patient en les gagnant. Lorsque l’œil spirituel est devenu perçant, on voit sans causes. Toi qui es esclave de la perception sensorielle, fais attention aux causes ! Celui dont l’esprit est au-delà des propriétés naturelles, à lui appartient la position de pouvoir briser la chaîne des causes. L’œil spirituel voit la source des miracles des prophètes comme étant sans cause, non comme jaillissant de l’eau et de l’herbage. Ces causes sont reliées comme le médecin et le malade : ces causes sont comme la lampe et la mèche. Enroule une mèche neuve pour ta lampe nocturne, mais sache que la lampe du soleil transcende ces choses. Va préparer du plâtre pour le toit de ta maison, mais sache que le toit du ciel n’est pas sali par du plâtre. Hélas, après que notre Bien-Aimé a détruit notre peine, le temps de la nuit, seul avec lui, est passé et devenu le jour ! Sauf la nuit, il n’y a pas de dévoilement de la lune : sauf par la douleur du cœur, ne cherche pas le désir de ton cœur. 1850 Abandonnant Jésus, tu as nourri l’âne : inévitablement, comme l’âne, tu es en dehors du voile. La connaissance et la gnose sont le patrimoine de Jésus ; ils ne sont pas le patrimoine de l’âne, ô toi âne stupide ! Tu écoutes le gémissement de l’âne, et tu éprouves de la pitié : tu ne sais pas que l’âne t’ordonne de devenir stupide comme lui. Aie pitié de Jésus, et non de l’âne : ne fais pas que ta nature charnelle domine ton intellect. Laisse la nature charnelle pleurer douloureusement et amèrement : emprunte-lui de quoi payer la dette de l’âme rationnelle. Durant des années, tu as été l’esclave de l’âne. Cela suffît, car l’esclave de l’âne est même derrière l’âne. Ce que voulait désigner le Prophète par « place les (femmes) derrière », c’est ton âme charnelle ; car elle doit être en dernier et ton intellect en premier. Cet intellect vil est devenu de même tempérament que l’âne : sa seule pensée est de savoir comment se procurer du fourrage. L’âne de Jésus a pris le tempérament de l’esprit »

Mawlânâ Jalâl ad-Dîn Rûmî

Mathnawi