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« savent plus que moi ! » Il dit : « C'était l'Ange Gabriel. Il est venu vous apprendre votre religion. » états intérieurs conduisant à maîtriser les états quelle qu’en soit la nature et ne plus être maîtrisé par eux. Le sheikhu-t-taraggqî est le maître initiateur par excellence, et c’est bien évidemment celui-ci qui nous intéresse ici au premier plan. Dans les deux premiers types de maîtrise, les facultés humaines de mémorisation, de réflexion, d’assiduité et de régularité des pratiques cultuelles peuvent servir. Pour cette troisième dimension, nous abordons un domaine totalement différent. Un maître initiateur peut très bien être analphabète et avoir des disciples lettrés qui connaissent le Coran bien mieux que lui ; mais il s’agit de ne pas confondre apprendre et comprendre, érudition et connaissance ou encore quantité et qualité. Cette dimension fait appel à une faculté intérieure tout à fait différente de celles nécessaires aux deux premiers modes de formation (fa’lim et tarbiva). C’est comme au niveau des sens physiques, en prenant l’ouïe et la vue à titre de comparaison, ce n’est pas parce qu’une personne a 10/10 aux deux yeux qu’il entend bien, chaque sens ou faculté est destiné à saisir un plan de la manifestation : les sons, les formes et couleurs, les odeurs, la mémorisation, etc. Dans l’ordre initiatique, il y a une faculté que l’on appelle le cœur dont la nature est divine et est seule apte à saisir le divin comme seul l'odorat peut saisir les odeurs. Un maître spirituel est celui qui possède la faculté intuitive du cœur la plus développée. Je n’entrerai pas dans le détail de ce que l’on entend par le terme « cœur » qui renvoie à une faculté intuitive pure de saisie directe de la Réalité divine totale$. Le Sheikh initiateur prend la suite des deux premiers types de maîtrise ; il finalise la phase de purification qu'est la retraite spirituelle (khalwa), et mène le disciple jusqu’au sidrat al- muntaha à travers les deux étapes nommées symboliquement «le sevrage» et l’« émancipation ». Cette station est celle où le disciple est affranchi de tout intermédiaire, celle de l'autonomie, et le degré à partir duquel il sera lui-même renvoyé comme « vivant » pour guider autrui. Il est la vie au sein du monde des « morts », la lumière au sein des ténèbres. En cette station, le disciple est libéré de son maître humain, il ne dépend plus que d’Allah directement. Dans son Minah al-Quddusiyvah, le sheikh al-‘Alawi écrit: «si tu es au nombre des connaissants, Dieu sera ton Maître ». »